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« Anthropocène » - Deuxièmes rencontres du Comité National Français de Géographie

Du 16 au 18 décembre 2026

Campus Condorcet, Paris-Aubervilliers

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Les Rencontres du Comité National Français de Géographie (CNFG) se placent dans l’héritage de l’organisation du Congrès de l’Union géographique internationale. Elles sont le fait des commissions qui composent le CNFG, qui sont à l’initiative de la thématique, du comité d’organisation et du comité scientifique. L’ambition est de proposer un lieu et un temps de rencontre communs à l’ensemble des géographes, en les réunissant, régulièrement, autour de thématiques fortes et transversales.

La notion d’Anthropocène, telle que proposée par le chimiste Paul Crutzen et le biologiste Eugene Stroemer en 2000 (Crutzen, P.J., Stoermer, E.F., 2000) consiste à considérer l’humanité comme une « nouvelle force tellurique » et renvoie à « l’entrée dans une nouvelle époque géologique caractérisée par l’empreinte généralisée et irréversible des êtres humains et de leurs activités sur la Terre » (Dictionnaire critique de l’Anthropocène, 2022). Si après 15 ans d'instruction, la commission stratigraphique internationale a voté contre l'inscription de l'anthropocène comme nouvelle période géologique, le terme s'est imposé dans les médias mais aussi parmi les sciences sociales. Il suscite des acceptions, ainsi que des méthodologies d’analyse très diverses. Il trouve un écho majeur dans notre discipline, en raison de son double ancrage dans les sciences de la nature et dans les sciences du social. Cependant en France les travaux des géographes restent peu visibles et peu médiatisés alors que les publications sur le sujet se multiplient ces dernières années, avec des approches et des positionnements très variés. La notion d’Anthropocène est, ainsi, venue reconfigurer des domaines d’étude et des problématiques déjà largement investis par plusieurs pans de notre discipline.

L’Anthropocène peut, ainsi, être saisie de différentes manières. La notion a pu être vue comme une rupture, et un objet de débat épistémologique et politique, mobilisé, notamment, dans le cadre des réflexions visant à dépasser le dualisme nature/société. Elle peut être saisie comme un cadre de lecture pour y interpréter les transformations globales, ou bien encore servir de support critique pour penser les rapports sociétés/environnements et l’habitabilité terrestre. En réinscrivant les dynamiques territoriales dans le fonctionnement et les évolutions du système Terre, elle a introduit une forme de totalité systémique qui a pu être critiquée pour sa dimension trop englobante (Bonneuil, Fressoz, 2016, en base). Cela a conduit à proposer des analyses plus connectées aux échelles locales, au terrain et aux territoires (Dictionnaire critique de l’Anthropocène, 2020 ; Anna Tsing et al. “Notre nouvelle nature. Guide de terrain de l’Anthropocène” 2025).

 

Objectifs des Rencontres

Les Rencontres n’affichent pas l’ambition de réinterroger les éléments de définition de l’Anthropocène dans son sens géologique. La notion a cheminé : elle a été, largement, discutée et commentée. Les Rencontres souhaitent, plutôt, privilégier des échanges autour des effets de son introduction dans les pratiques scientifiques et sur les apports de la notion dans notre discipline, en donnant à voir comment elle fait sens, ou non, en fonction de nos thématiques et objets de recherche, de nos cadres théoriques, analytiques et méthodologiques, ainsi que dans nos approches pédagogiques. Dans cet objectif, nous proposons de premières pistes de discussion, non exhaustives :

  • Quelle sont l’utilité et la portée utilité heuristiques de la notion « anthropocène » ? En redéfinissant nos échelles d’analyse, en bousculant les frontières entre le social et le biophysique, entre le temps long et le temps court, en interrogeant la pertinence de certains modèles explicatifs, l’interprétation de certains mécanismes, est-ce que la notion bouscule, conforte ou reconfigure nos cadres de travail et d’analyse ? 
  • Comment le concept d’Anthropocène peut-il être mobilisé sur le terrain et au laboratoire pour analyser les transformations contemporaines ou anciennes des territoires ? Est-ce une approche véritablement nouvelle pour la géographie, ou s’inscrit-elle dans la continuité des études sur les interactions sociétés–environnement ? Quels outils et quelles méthodes permettent d’identifier et d’étudier les traces concrètes des activités humaines (urbanisation, artificialisation des sols, infrastructures, pratiques agricoles ou industrielles) et de comprendre leurs effets sur les territoires ? Comment relier les observations locales, qu’il s’agisse d’un quartier, d’un littoral ou d’une vallée, à des observations globales telles que les changements climatiques et les pollutions ?
  • La réflexion menée à l’aune de la notion d’Anthropocène permet-elle des formes spécifiques de pratiques de recherche : des expérimentations et des hybridations méthodologiques, des pratiques pédagogiques et didactiques, de nouvelles formes de communication scientifique (podcasts, démarches créatives art-science etc.). A-t-elle entraîné un regain d’intérêt pour les approches réflexives et critiques ? A-t-elle fait émerger de nouvelles formes d’expertise (notamment dans l’aménagement et l’urbanisme) ? 
  • Comment une discipline comme la géographie peut-elle réinterroger la notion d’Anthropocène au travers d’une mise en perspective de ses dimensions à la fois globales et locales, à la fois sociales et biophysiques, à la fois matérielles et symboliques et de ses dimensions temporelles (longue durée, temps court, passé, présent, futur) ? Comment ses terrains d’études font-ils évoluer la manière dont l’Anthropocène a été posée comme concept et est-ce que cela amène à formuler d’autres propositions sémantiques (capitalocène, plantationocène, urbanocène, androcène, plasticène…) ? Quelles sont les notions qui peuvent être tenues pour concurrentes ou complémentaires (transition ? autres ?) et les facteurs qui expliquent le succès de telle ou telle ? 
  • En quoi les différentes traditions épistémologiques influent-elles sur la prise en compte et l’adoption, ou non, de la notion d’anthropocène ? Qu'il s'agisse des traditions épistémologiques nationales marquées par des débats internes (entre sciences de la nature et sciences sociales, ou sur les notions de déterminisme géographique) ou les approches des différents champs de la discipline (urbain, rural, environnemental, politique, économique, culturel, social, etc.) ? En quoi les différences de contexte géographiques (pays des Suds) affectent-elles la manière de penser l'anthropocène ? 
  • Quelles nouvelles synergies au sein de la discipline pourraient être stimulées au contact de la notion d’anthropocène? Celle-ci peut-elle être à l’origine de nouveaux débats au sein de la discipline (et au sein du CNFG, en stimulant un dialogue inter-commissions) ? Au-delà de notre communauté, comment encourage-t-elle à des coopérations scientifiques avec d’autres disciplines ? Comment suscite-t-elle des coopérations ou des partenariats - par exemple en matière de recherche-action - avec des acteurs “praticiens” de l’aménagement et du développement territorial ? Quand et par qui la notion d’anthropocène est-elle mobilisée dans le champ de la recherche ou de l’action territoriale ?
  • La médiatisation de la notion a modifié les attentes sociales à l’égard des savoirs scientifiques. En conséquence, en quoi/comment l’anthropocène fait-il évoluer la posture du ou de la géographe en tant que chercheur·se ? Et en tant qu’enseignant·e ? Et en tant que praticien dans l’aide à l’élaboration de politiques publiques d’aménagement, d’urbanisme, d’environnement, etc. ? Quels sont ses rôles, son influence, dans la construction des discours proposés par les géographes ?

Par ailleurs, en partenariat avec le Comité national roumain de Géographie, un panel sera également organisé autour des différentes acceptions internationales de la notion d’anthropocène, proposant un pas de côté au sein de la programmation des Journées. Cette présence offre au CNFG l’occasion d’entretenir la tradition de dialogue, d’échange et de partage entre pays, si précieux à nos communautés académiques. La participation à ces rencontres des collègues roumain·es permettra d’éclairer cette diversité d’approches, au regard des différentes traditions épistémologiques nationales. De fait, la géographie roumaine, en écho avec les débats internationaux, semble avoir très tôt investi le terme d’anthropocène dans diverses branches de la discipline. La comparaison des expériences et des controverses scientifiques nationales permettra de mieux éclairer la manière dont la notion se diffuse, est parfois saisie comme concept, interroge et modifie les pratiques scientifiques dans différents contextes locaux. 

 

Modalités d’organisation 

Ouvertes à tous les géographes, notamment aux jeunes chercheurs, ces journées sont l’occasion de faire émerger, autour de cette notion, de nouvelles perspectives et de nouvelles voies au sein de la discipline. 

L’appel à contribution pour ces journées est ouvert jusqu'au 31 mai. Il propose deux modalités de contributions

un appel à sessions (organsiée autour d'une thématique, et incluant - ou pas - des propositions de communications)

un appel à communications (qui pourront s’inscrire dans les sessions préalablement proposées ou non)

Les propositions (sessions et/ou communications seules) feront l’objet d'une évaluation par le comité scientifique. Les réponses seront communiquées dans le courant du mois de juillet aux participant·es.  

Les soumissions se feront via ce lien.

 

Agenda : 

24 mars 2026 : ouverture de l’appel

31 mai 2026 : clôture de l’appel à proposition

Mi-juillet - réponses des évaluations du comité scientifique et pré-programme  

16 au 18 décembre 2026 : Rencontres du CNFG “Anthropocène”



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